Présenter l’asso, vous pensiez que c’était facile.
Entre les statuts, réglementaires, et notre contribution «en 12000 caractères» du centenaire, centrée sur l’ancrage de l’asso à Craonne, il y a de la matière, mais il y a du boulot pour que ça devienne lisible.
Allez on commence par ça plus un lien vers la plaquette, et on y reviendra.
Statuts de l’association
Chemins de mémoire sociale
Mise à jour 2023
conformément à la décision de l’Assemblée générale des 19 et 20 novembre 2022
Article 1
Il est créé par une assemblée générale réunie le 9 novembre 2003 en l’école de Craonne (Aisne), une association appelée « Chemins de mémoire sociale ». Ses statuts sont déposés à la maire de Champigny. Son siège social est fixé au 46 rue Molière, 94500 Champigny, mais peut être transféré par simple décision du Bureau.
Article 2
L’association se propose d’arpenter « des Chemins d’histoire sociale » définis comme des lieux d’histoire, symboles de souffrance, de répression, de révolte populaire. Arpentant ces lieux, les membres de l’association se veulent « porteurs de mémoire » en France et ailleurs, allant au-delà des représentations communément admises par l’histoire. Ils vont à la rencontre de celles et ceux, qui dans ces lieux, défendent et font vivre cette mémoire. Ils échangent, défendent et font connaître leurs actions.
Article 3
En relation avec les actrices et acteurs locaux, l’association organise des randonnées appelées Chemins de mémoire qui sont l’occasion d’initiatives conviviales, culturelles et festives. Dans la mesure de ses moyens, elle participe et soutient des événements qui font vivre la mémoire sociale des lieux que ses membres arpentent.
Article 4
L’association est composée de membres adhérant à ses statuts et s’acquittant d’une cotisation annuelle fixée par l’assemblée générale. La participation à un Chemin de mémoire implique l’adhésion à l’association. Seuls les membres à jour de leur cotisation peuvent voter lors de l’assemblée générale.
Article 5
L’association est dirigée par un Bureau collégial élu chaque année par l’assemblée générale. Les membres du Bureau se répartissent les tâches. Ils sont rééligibles. Le Bureau gère les affaires courantes, coordonne les travaux de préparation des projets, veille à la circulation de l’information, communique avec d’autres associations poursuivant des buts voisins. Le Bureau fixe l’ordre du jour de l’assemblée générale et la convoque au moins quinze jours avant la date retenue. Des assemblées générales extraordinaires peuvent avoir lieu dans le courant de l’année sur simple décision du Bureau.
Les représentants de chacun des projets retenus par l’assemblée générale participent aux activités du Bureau pour ce qui concerne chacun des projets. Le groupe constitué pour la préparation d’un Chemin de mémoire retenu par l’assemblée générale en organise la complète gestion :
- Il délègue un de ses membres auprès du Bureau.
- Il fait appel à la participation financière des membres participant au Chemin et en assure la gestion financière.
Article 6
L’assemblée générale regroupe l’ensemble des adhérentes et adhérents. Elle se réunit au moins une fois dans l’année. Le Bureau collégial préside l’assemblée et expose le bilan d’activité et le bilan financier de l’association. Il les soumet au vote de l’assemblée générale. L’assemblée générale fixe la cotisation pour l’année à venir. Elle discute et retient les projets de Chemins de mémoire à venir. Il est procédé, après épuisement de l’ordre du jour à l’élection du nouveau Bureau collégial.
Article 7
En cas de dissolution prononcée par les deux tiers au moins des membres présents ou représentés à l’assemblée générale, un ou plusieurs liquidateurs sont nommés par celle-ci et l’actif s’il y a lieu est dévolu conformément à l’article 9 de la loi du 1er juillet 1901 et au décret du 16 août 1901.
Les Chemins de mémoire sociale à Craonne
Texte du 18 février 2017, écrit pour le colloque du CRID 14-18 des 10 et 11 novembre 2017 à Craonne, nous avons été invités à revenir sur ce qui nous lie à Craonne et au Chemin des Dames.
Tout a commencé en 2002. Didier Cochet entend un certain Noël Genteur parler de son village sinistré depuis 1917, dans l’émission de Daniel Mermet.
Il part Là-bas si j’y suis sur le Chemin des Dames, y rencontre Noël Genteur. Il y rencontre surtout une autre façon de raconter la guerre, pour tenter de comprendre l’incompréhensible, mettre des mots sur l’innommable.
La suite, c’est l’envie de partager. Didier en parle autour de lui, raconte son histoire, et l’histoire de Craonne avec un petit « h » : les zones sinistrées, gorgées de mitrailles et interdites de culture, les vaches auxquelles on donne à avaler des aimants, pour que les morceaux de barbelés que contient encore la terre ne leur percent pas la panse, les obus que les paysans labourent quotidiennement.
On s’y retrouve, une poignée d’abord, pour arpenter le plateau de Californie, chanter faux la chanson de Craonne, ramasser à terre les billes des shrapnels et découvrir, hébétés, que des jeunes hommes, par milliers, gisent là, autour de nous, sous nos pieds…
Du coup, Les Croix de bois de Dorgelès, Le Voyage au bout de la nuit de Céline, Les Sentiers de la gloire de Kubrick, tout cela prend sens dans ce village de l’Aisne, Craonne où des soldats ont osé dire non.
Alors on décide d’approfondir.
Pendant que les historiens dénichent Les Carnets de guerre de Louis Barthas – nous, on creuse. La tranchée du Balcon que l’on dégage, puis les fondations d’une pièce d’artillerie dans le champ de maïs de Noël, enfin le Village nègre. On y trouve pêle-mêle un clairon, des munitions, une gamelle…
C’est ainsi qu’on approche la vie de ces malheureux, grands-pères de quelques-uns d’entre nous, qui ont quitté leurs champs, leur usine, leur classe pour terminer leur vie dans cet enfer, ou y laisser un bras, une jambe, la raison pour certains. On y découvre aussi que l’école qui nous avait servi les clichés sur la Grande Guerre avait sans doute oublié le principal : nous enlever à jamais l’envie de prendre un fusil…
Alors on en revient avec des histoires à raconter, encore.
La visite d’une creute donnera à l’un de nous l’idée d’un livre, plus tard.
Et on parle autour de nous. Le groupe s’agrandit.
On découvre aussi les historiens de Craonne, qui s’intéressent, comme nous à l’autre côté de la guerre, celle des réfractaires, ceux qui refusent le massacre et qu’on appelle les mutins. On lit leurs écrits, on les rencontre aux journées du livre…
Bientôt, il a fallu se structurer. D’abord pour des problèmes d’intendance, et d’assurance en cas d’accident. Mais surtout pour renforcer institutionnellement la démarche de Noël et de la Cagna. À l’automne 2003, Chemins de mémoire sociale voit le jour. Et le Collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 1914-1918 (CRID 14-18), sans aucune imagination, choisit la même date pour en faire autant (à moins que ce ne soit le contraire…)
D’abord c’est de Champigny-sur-Marne que partent les pèlerins, puis le cercle s’élargit, il en vient des quatre coins du pays. Chacun veut participer au Parcours du poilu, à ces soirées de copains où l’on chante en chœur Un Général à vendre, avec la mémorable participation de notre ami le général André Bach. Car c’est aussi ça l’esprit de Craonne, une mise à mal des clichés sur la guerre, l’armée, l’honneur, etc.
Et bientôt l’envie nous prend de faire ça ailleurs, pour voir si l’Histoire qu’on nous a servie mérite toujours sa majuscule… Ça sera la Révolution des Œillets au Portugal, Le Vercors, La Retirada, etc. Et puis dans Chemins de mémoire sociale il y a Social. Là aussi, on a voulu aller vérifier par nous-mêmes, interroger les survivants, se faire notre idée. Ce sera Lip à Besançon, Plogoff, Saint-Nazaire, le Larzac, etc.
Bientôt Chemins de mémoire sociale atteint les trente-cinq membres. L’âge de raison ? On espère tous que non.
Pour autant, on n’en oublie pas Craonne, car tout cela, c’est un peu au Chemin des Dames qu’on le doit, à cette vibrante rencontre d’une vérité qu’on nous avait bien cachée.
On lui doit autre chose à Craonne, ça a été de fédérer un groupe. De rassembler des gens qui ne se connaissaient pas, ou qui s’étaient perdus de vue et qui se sont retrouvés autour de valeurs très fortes.
Le pacifisme : les objecteurs de conscience et les antimilitaristes d’hier se sont ainsi retrouvés, quarante ans plus tard.
La curiosité d’aller voir derrière les apparences, les discours officiels.
La recherche de la vérité : la priorité donnée à ceux qui ont vécu l’événement, la recherche et le respect des témoignages.
Le goût pour la randonnée, enfin, de la vie en groupe
Le goût de la fête, des chansons.
… Et bien d’autres choses encore.
Au hasard des témoignages sollicités
Il y a une phrase de Noël Genteur qui m’a profondément marquée, à propos des flaques d’eau dans la forêt de Beaumarais « quand je vois toute cette eau j’ai l’impression d’une blessure qui suinte et qui ne se refermera jamais ».
Personnellement, mes deux grands-pères sont venus sur le Chemin des Dames, ils ont survécu, ils ne se connaissaient pas, avaient vingt ans. Dans l’histoire de ma famille paternelle comme maternelle, j’ai ressenti en allant sur le Chemin des Dames la peur, l’angoisse des jeunes hommes qu’ils avaient été et j’ai la sensation de leur rendre une justice.
Craonne c’est les soirées d’hiver avec mon grand-père maternel qui me raconte inlassablement sa guerre des tranchées, les copains qui le sauvent en le tirant de la boue avec un fusil comme evier.
Craonne c’est chanter Gloire au 17e assis en face du général Bach qui reprend le refrain en « cœur » et deviendra mon ami André.
Mais à Craonne, gros bourg rasé et martyre, nous ne sommes jamais tombés dans la commémoration attristée. Peut-être que les sacrifiés du Chemin des Dames nous ont appris ça, que la paix est précieuse, et que la vie est belle… C’est aussi ce que nous dit le paysage, terre criblée de trous d’obus et forêt pourtant si paisible. Alors on ne gémit pas, mais on n’oublie surtout pas.
………
Nous venons, treize ans après notre première venue sur le Plateau, de participer au Centenaire du Chemin des Dames.
L’attachement s’est maintenu au fil des ans. Certains ont creusé les questions philosophiques. Nous avons suivi l’École historienne de Craonne, la richesse de ses colloques, les avanies subies par le monument d’Haïm Kern. Puis le CRID 14-18 et Chemins de mémoire sociale concoctent ensemble la première marche « Dans les pas des mutins » en novembre 2011. En 2013, réjouissances à Craonne pour nos dix ans associatifs ; en 2014, marche bien trop confidentielle « Dans les pas des Pioupious », puis préparation au long cours, avec La Cagna de la « Marche du Centenaire » en 2017 : autant d’événements qui au fil des ans ont renforcé nos liens fraternels. Certains des nôtres ont pris un autre chemin, d’autres affrontent des coups durs, d’autres encore nous rejoignent, le livre de notre histoire s’écrit jour après jour.
Une page semble toutefois vouloir se tourner. À Craonne, depuis les dernières municipales, on se sent moins « chez nous ». Pourtant, une suite est à inventer, après la consécration officielle de Craonne, lieu de mémoire, par la venue du Président de la République pour le centenaire du 16 avril et la reconnaissance publique des quarante années de travail obstiné de Noël Genteur. Après le colloque de novembre 2017 « Comment écrire l’histoire de la Grande Guerre ? », quelles formes pourra prendre cette suite ?
La question est à l’ordre du jour pour nos trois associations Cagna, CRID 14-18 et Chemins de mémoire sociale. Nous l’aborderons sereinement et fraternellement.